« La place du prêtre dans le traitement du passé douloureux » est le thème de la session de formation qui a eu lieu du 03 au 08 novembre 2025 dans l’Archidiocèse de Bujumbura. Cette session de formation, qui a vu la participation de 167 prêtres, était destinée à tous les prêtres de l’Archidiocèse, aussi bien diocésains que religieux. Elle s’inscrit dans la série d’activités par lesquelles l’Église du Burundi aborde le passé violent du pays, les blessures et les traumatismes qu’il a laissés et qui pèsent toujours lourdement sur les cœurs de la population dans son ensemble, y compris les prêtres.

Burundi – un pays marqué par une mémoire blessée
Le Burundi, petit pays d’Afrique orientale comptant 12 millions d’habitants, est depuis son indépendance en 1962 régulièrement frappé par des crises violentes et des massacres liés au conflit entre ses composantes sociales. Les traumatismes qui en découlent font sentir leurs effets et sont régulièrement ravivés par des narratifs souvent divergents. Ainsi, le pays semble emprisonné dans un cycle de violence presque interminable, alimenté par la transmission transgénérationnelle de la violence et des traumatismes.
Les défis structurels – pauvreté persistante depuis des décennies, économie stagnante, système de santé défaillant, inondations dues au changement climatique et flux constants de réfugiés – compliquent non seulement la vie quotidienne des burundais, mais rendent également difficile une véritable confrontation avec le passé violent du pays, alors que pour beaucoup, la survie quotidienne demeure la priorité absolue.
L’Apostolat Justice et Paix – L’Église, actrice de réconciliation face aux
blessures du passé
Dans cette situation qui est parfois désespérante, l’Archidiocèse de Bujumbura, à travers sa Commission Diocésaine Justice et Paix, tente d’apporter sa contribution en redonnant espoir aux populations grâce à un travail sur les blessures du passé et en mettant au centre de ses efforts la guérison de chaque personne et de toutes les couches de la société. Malgré les nombreux appels à privilégier le développement du pays, l’Église au Burundi est convaincue que ce n’est que par un travail de guérison des traumatismes, tant au niveau individuel que collectif, que le cycle éternel de violence sera être brisé et que le développement authentique pourra enfin advenir.
Après deux années de travail dans quelques paroisses pilotes et désormais grâce au financement du Service Civil pour la Paix allemand (Agiamondo), la Commission Diocésaine Justice et Paix de l’Archidiocèse de Bujumbura (CDJP-Bujumbura) met en œuvre le projet «Uguruka Ukire ! » – traduit par: «Ouvre-toi et guéris !» – dans les 43 paroisses de l’Archidiocèse.
Le travail de la CDJP-Bujumbura repose sur une approche communautaire: à travers les Commissions Paroissiales Justice et Paix (CPJP), elle forme des Assistants psycho-sociaux (APS) et des Animateurs qui, à leur tour, accompagnent dans des groupes de parole les fidèles souhaitant parler ouvertement de leur passé douloureux et souvent violent, afin de déclencher le processus de guérison.
Le rôle primordial des prêtres
Le rôle des prêtres dans l’accompagnement des groupes de parole est central. Mais pour accompagner de manière authentique les fidèles sur le chemin de la réconciliation et de la paix, les prêtres sont eux-mêmes appelés à guérir d’abord de leurs propres blessures, comme l’a souligné Monseigneur Gervais BANSHIMIYUBUSA, l’Archevêque de Bujumbura, dans son discours d’ouverture de la session: «En effet, avant d’accompagner la communauté sur ce long chemin de réconciliation, nous devons nous rendre à l’évidence que nous avons été, nous aussi, affectés et même blessés par le passé douloureux qu’a connu notre chère patrie. »
Le psychologue et expert en traumatologie, M. Alexis NIYIBIGIRA, qui a animé la session a répété à plusieurs reprises que les prêtres sont eux aussi «le produit de la société » et ne peuvent donc pas se soustraire au travail de gestion du passé. En effet, apprendre à comprendre les traumatismes et leurs conséquences pour l’individu comme pour la communauté commence toujours par une introspection véritable et sincère, à laquelle les prêtres ont été invités, notamment à travers un exercice portant sur leurs propres pertes vécues. Chaque prêtre était invité à écrire une lettre à la personne qu’il avait perdue, en y formulant des paroles restées non dites, qu’il n’avait plus pu adresser au défunt. Ensuite, ils partageaient en petits groupes les pertes qu’ils avaient subies.
Du spectateur extérieur à l’écoute active
Ce sont de tels exercices que les formateurs de la CDJP-Bujumbura réalisent avec les
Assistants psycho-sociaux et les Animateurs dans leurs groupes de parole dans les
paroisses, afin de faire émerger la douleur et le chagrin, souvent réprimés en raison des circonstances difficiles des crises violentes. Comme l’a commenté un prêtre: « Nous devons d’abord guérir nous-mêmes, afin d’être en mesure de soutenir les autres dans leur processus de guérison. »
Après cet exercice d’ouverture du workshop, les prêtres de l’Archidiocèse ont été formés en vue de leur service d’accompagnement psychosocial. Ils ont été instruits sur les symptômes psychologiques du stress post-traumatique et leurs conséquences sociales, ainsi que sur la contribution de l’Église comme acteur non étatique dans le domaine de la justice transitionnelle. Au centre des échanges se trouvait notamment la situation de la santé mentale des burundais, extrêmement fragile en raison des cycles de violence et de la transmission des traumatismes. L’Archevêque l’a formulé clairement: «Loin d’être spectateur, le prêtre doit sentir et vivre ce que vivent les autres fidèles, se laisser toucher et interpeller pour trouver un bon équilibre et ainsi tenir debout face aux situations parfois complexes où l’éclairage du prêtre est requis.

Guérison des cœurs: l’unique voie vers un avenir meilleur
Dans son discours de clôture, l’Archevêque de Bujumbura a rappelé les recommandations du Premier Synode sur la Paix et la Réconciliation (2012) et la publication des Actes du Synode (2019). Ces documents, fruits d’une longue réflexion après la guerre civile, proposent des voies concrètes pour favoriser la réconciliation au sein de l’Église et de la société.
Grâce au travail des Commissions Justice et Paix, l’Église peut apporter une contribution substantielle à la gestion du passé et à la guérison des traumatismes sur le plan communautaire. Après des décennies de violence, l’espérance d’un retour durable de la paix dans les cœurs des burundais devient possible et les blessures peuvent commencer à guérir. Cependant, cette «guérison des cœurs » et la réconciliation tant attendue ne peuvent se réaliser par les seuls efforts humains, a rappelé l’Archevêque. En effet, après les atrocités vécues par tant de burundais, la réconciliation est avant tout œuvre de Dieu. Tous les chrétiens sont appelés à y contribuer, en tant qu’ambassadeurs de la réconciliation, afin de surmonter les blessures accumulées au fil des décennies: « Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu.» (2 Cor 5,20).
Cette session de formation venait concrétiser l’appel lancé par l’Archevêque le 20 septembre 2025 lors de l’ouverture de l’Année pastorale 2025-2026. Dans ce même esprit, l’Axe pastoral «Paix et Réconciliation» a été proclamé comme le cœur de l’année pastorale.